Gabon : le gouvernement durcit le ton face aux propos visant le chef de l’État

Le gouvernement gabonais réagit fermement à la diffusion, sur les réseaux sociaux, de propos qu’il qualifie d’injurieux et d’outrageants à l’égard du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de certains membres de sa famille et de plusieurs personnalités publiques.
Dans un communiqué rendu public le 12 août 2026, l’exécutif indique avoir pris connaissance « avec une profonde indignation » de contenus attribués à Ange Landry Mbeng, connu sous le pseudonyme de « Lanlaire ». Pour les autorités, certains de ces propos franchiraient les limites de la critique politique et de la liberté d’expression.
Le gouvernement invoque les limites de la liberté d’expression
Par la voix de Germain Biahodjow, ministre de la Communication et des Médias, le gouvernement rappelle que la liberté d’expression, bien que garantie par la Constitution, ne saurait couvrir des propos constitutifs d’injure, de diffamation, d’outrage ou d’atteinte à la dignité humaine. « Nous rappelons que la liberté d’expression, consacrée par la Constitution de notre pays, ne saurait être détournée pour justifier l’outrage, l’injure, la diffamation, l’humiliation ou toute forme d’atteinte à la dignité de la personne humaine », souligne le ministre.
Cette prise de position intervient dans un contexte où les réseaux sociaux occupent une place croissante dans le débat public gabonais. Si ces plateformes permettent une expression plus directe des citoyens et des acteurs politiques, elles sont également devenues un espace où les limites entre critique, polémique, invective et atteinte à l’honneur peuvent rapidement devenir difficiles à établir.
La justice appelée à examiner les faits
L’exécutif ne s’est pas limité à une condamnation politique des faits. Dans son communiqué, il invite les autorités judiciaires compétentes à examiner les éléments concernés et à déterminer, le cas échéant, les suites prévues par la législation. « Dans le strict respect de l’indépendance de la justice, le gouvernement invite les autorités judiciaires compétentes à examiner les faits et à prendre toutes les dispositions prévues par la loi, notamment celles prévues aux articles 158 et suivants du Code pénal, s’agissant des propos visant le Président de la République », indique Germain Biahodjow.
Il appartient donc désormais aux autorités judiciaires, si elles sont saisies, d’apprécier la nature des propos concernés, leur éventuelle qualification juridique et les responsabilités qui pourraient en découler.
Au-delà du cas Lanlaire, la question des réseaux sociaux
La sortie gouvernementale dépasse ainsi le seul cas des propos attribués à Ange Landry Mbeng. Elle pose plus largement la question de la responsabilité des utilisateurs des réseaux sociaux au Gabon. Le gouvernement entend notamment rappeler que la liberté d’expression ne constitue pas une immunité contre d’éventuelles poursuites lorsque des propos sont susceptibles de tomber sous le coup de la loi. Une position qui intervient alors que les réseaux sociaux sont devenus un espace majeur de confrontation des opinions, notamment sur l’action du pouvoir en place.
L’enjeu consiste toutefois à préserver la distinction entre la critique politique, inhérente au débat démocratique, et les propos susceptibles de constituer une injure, une diffamation ou une atteinte à la dignité d’une personne. Cette distinction relève, en dernier ressort, de l’appréciation des juridictions compétentes et du cadre légal en vigueur.
Un rappel à l’ordre à quelques jours du 17 août
À l’approche de la célébration de la fête de l’Indépendance, le 17 août, et de la fête de la Libération, l’exécutif réaffirme par ailleurs sa volonté de voir prévaloir l’ordre public et le respect de la dignité des citoyens. « Le gouvernement réaffirme sa détermination inflexible à faire respecter l’État de droit, l’ordre public et la dignité de chaque Gabonais, du sommet de l’État aux citoyens, quel que soit leur rang social », rappelle le ministre de la Communication et des Médias.
Cette déclaration constitue donc à la fois une condamnation des propos visés et un avertissement plus général adressé aux utilisateurs des plateformes numériques. Reste désormais à savoir quelles suites judiciaires pourraient être données à cette affaire et, plus largement, comment s’articuleront au Gabon liberté de ton sur les réseaux sociaux, protection de la réputation des personnes et respect du cadre légal.



